Au Pays Toraja
Journal Entry: Mon Oct 30, 2006, 1:02 PM
AU PAYS TORAJA
L’Indonésie est le plus grand archipel du monde ou se côtoient toutes les religions et les plus diverses formes de traditions et rites culturels. C’est sur l’île de Sulawesi dite les Célèbes, que se trouve le peuple Toraja vivant dans les hautes terres au sud-ouest de la péninsule où chaque année, durant la saison sèche, des milliers d’indonésiens retournent pour assister aux fastueuses cérémonies funéraires. Toraja veut dire peuple des montagnes. Les buffles sont le symbole du statut social pour les Toraja, cochons et poulets sont généralement réservés pour la consécration de nouvelles tongkonan (maisons traditionnelles) tandis que les buffles sont réservés pour les funérailles. Tomate (funérailles) signifie littéralement « personne morte » et de toutes les cérémonies Toraja la plus importante est celle où le défunt passe dans l’au-delà. S‘il ne bénéficie pas des rites funéraires appropriés, l’esprit du défunt provoquera le malheur de sa famille. Les cérémonies funéraires constituent une lourde charge financière pour toute la famille, pouvant endetter la famille sur plusieurs générations, mais garantissent pour tous les membres d’avoir une provision de viande dans l’année. Les sacrifices, cérémonies et festivités funéraires sont également destinés à donner aux dieux une impression favorable de l’importance du défunt de façon à ce que l’âme puisse intercéder en faveur de ses parents vivants. Lors des funérailles, des pavillons de bambous sont élevés pour recevoir la famille, les amis et les invités. Le corps du défunt préside les funérailles du haut d’une haute tour couverte. Le corps reste jusqu’au jour des funérailles dans la maison, grâce aux herbes traditionnelles d’embaumement, remplacées aujourd’hui par des injections. Le corps est veillé jour et nuit par la famille, les amis ou des serviteurs, parfois plusieurs années, le temps de réunir les moyens nécessaires pour donner au défunt les funérailles qu’il mérite. Ce n’est que le jour de la cérémonie que l’âme du défunt rejoint le « puya » (l’au-delà) suivie par celle des animaux sacrifiés, offerts par toute la communauté. C’est pour cela qu’il faut le buffle le plus fort pour aider l’âme du défunt à traverser les montagnes et les vallées pour atteindre le paradis. Plus le défunt est important plus on sacrifie de buffles (jusqu’à 200 buffles), plus la cérémonie est longue (jusqu’à deux semaines pour les plus riches) Hommes, femmes et enfants effectuent des chants et des danses traditionnelles afin de rendre hommage au défunt et à l’histoire de sa vie. Durant une des cérémonies j’ai pu constater à quel point ils étaient attachés à leurs animaux, un des enfants hurlant de chagrin parce que son buffle était le premier à être sacrifié par le sorcier. Le cercueil est ensuite déplacé dans tout le village, dans une litière en forme de maison, afin de lui rendre un dernier hommage avant de le placer dans le tombeau familial. Ces cérémonies sont souvent suivies de combats de buffles et de coqs donnant l’occasion de se retrouver et de passer des moments joyeux ensembles. Les combats de buffles sont accompagnés de grands éclats de rires devant la charge des buffles refusant de se battre, s’enfuyant en chargeant la foule qui coure dans les hautes herbes pour ne pas se faire piétiner et occasionnant de bonnes frayeurs ! Tandis que les combats de coqs sont l’occasion de parier et de gagner un peu d’argent, prouvant ainsi que son coq est le plus beau et le plus fort. Des effigies grandeur nature, exposées aux yeux des vivants et ses descendants, appelées tau-tau sont sculptées dans du bois et placées sur des corniches taillées dans la falaise (liang) devant l’entrée des grottes où sont placés les corps des défunts et même si l’entrée des grottes est plutôt petite, l’intérieur est suffisamment spacieux pour abriter toute une famille. Il existe également des maisons funéraires en bois suspendues le long des falaises. Les bébés morts avant d’être sevrés sont embaumés et placés dans des arbres afin que leurs âmes pures, grâce à la sèvre et aux branches des arbres, puissent atteindrent le paradis. Malgré la persistance de leurs croyances animistes, la plupart des toraja sont officiellement chrétiens mais les cérémonies demeurent un aspect vital de leur vie. Christianisme et « rites païens » vivent ici en harmonie, les croix de Jésus et cornes de buffles glorifiant les âmes des morts partout dans les vallées et les montagnes du pays Toraja.
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